Mon histoire

“Je résume ici l’histoire de mon électrohypersensibilité, le texte est dans son jus, écris en mars 2022 et volontairement non remis à jour. Mon témoignage est une preuve parmi tant d’autres, du réel impact des pollutions électromagnétiques, j’espère que cette nouvelle conscience pourra s’étendre, afin que le plus grand nombre puisse s’en prémunir”

Août 2019, je déménage dans un appartement au dernier étage d'un immeuble annécien, appartement que j'affectionne tout particulièrement. A la fin de cette même année, je commence à me sentir en permanence un peu tendu physiquement, et constate quelques tremblements nerveux au niveau de la tête à chaque réveil. De plus, j’ai parfois des douleurs et fatigues étonnantes, lorsque je suis installé à mon bureau. A l’époque, je n'accorde pas plus d'importance à l’ensemble de ces symptômes, pensant qu’ils sont dus à quelques écarts de santé, et à mon âge grandissant. Le 18 février 2020 au matin, café à la main, je m'installe devant mon pc, et là, mon visage s'effondre : paralysie faciale côté droit. Un peu stressé, je respire et appelle le 15, qui m'informe que ce n'est pas un AVC, et m’envoie aux urgences de l’hôpital. Résultat des examens (rapides) : paralysie pour raison inconnue (souvent appelées paralysie de "Bell" ou "A frigoré"), test de la maladie de Lyme (méthode classique) négatif; on me prescrit de la cortisone et des antiviraux (mélange fort désagréable à supporter). Visage figé, œil qui reste ouvert en permanence (dégradation de ma vue), grosse fatigue, muscles qui se blessent étrangement facilement (blessure au mollet juste en marchant), je continue mon activité professionnelle depuis chez moi, car c'est le début du confinement. Pendant presque deux mois, je vais consacrer mon temps à la rééducation de mon visage avec des séances de kiné et des exercices à faire seul, mais aussi à terminer la création d'un nouveau site internet pour la société qui m'emploie. Le travail sur pc sera fastidieux et cause de souffrances, mais suite à une rupture conventionnelle, je me dois de terminer mon contrat jusqu'à fin juillet 2020. Mai 2020, le déconfinement me permet de passer à nouveau plus de temps en extérieur, mon visage a presque retrouvé son apparence et ses fonctionnalités d'origine (ma vue reste floue et changeante, certains plis ne se font plus comme avant, il me reste ces sensations troubles à la tête et à un mollet).

Un médecin généraliste me prescrit une IRM de la tête et de la colonne vertébrale, histoire de découvrir s'il n'y aurait pas une raison visible à tout ça. C'est le 12 juin 2020 que je me fais ainsi accompagner à l'IRM d'Annemasse. De la première salle d'attente à l'IRM lui même, il va se passer environ une heure, sans comprendre pourquoi, je suis de plus en plus stressé (peut être l'environnement des machines et un léger stress personnel, ou peut-être que je me découvre claustrophobe). Une fois installé dans le tube, ma tête va se mettre à "taper" (j'appelle cette sensation ainsi) d'une façon terrible, en plus de ressentir un stress nerveux indescriptible. Je ne peux continuer et dois abandonner les lieux. Sur le retour, je suis choqué et déçu de moi-même, par ce stress, cette incapacité à passer une IRM (je me dis qu’on ne pourra alors jamais découvrir mon problème). La nuit même, je ne vais pouvoir dormir, ni rester assis ou allongé, victime d'un stress extrême et d'angoisses, obligé de marcher pendant des heures jusqu’au matin. Epuisé d'avoir marché toute la nuit, j'appelle SOS médecin qui m'annoncera "vous n'avez rien, c’est juste une angoisse”. Commence alors une première descente aux enfers, où moi qui suis habituellement solide et indépendant (je vis seul à ce moment-là), je deviens hyper stressé (il faut s’imaginer un état physique qui s’apparente à ce que l’on peut ressentir juste après un accident ou un traumatisme grave), j'ai l'impression que mon système nerveux a explosé. Pendant plus de deux mois, je vais vivre des angoisses pouvant aller jusqu'au malaise (impossibilité de prendre le volant, paniqué à l’idée de me retrouver coincé dans un bouchon ou à un feu rouge), des peurs (peur de me retrouver seul le soir et la nuit à mon domicile, peur de l'annonce d'une température trop élevée ou trop basse, peur de la tombée de la nuit, peur d'une image négative à la télé, etc...), de la dépression (une noirceur terrible que j'apparente aux ténèbres à certains moments, je n'ai plus aucun repère existentiel), de la tristesse (moi qui n'ai jamais su pleurer, mon corps me déchire les entrailles pour y arriver), et encore bien d'autres souffrances. Je pourrais résumer en expliquant que tous mes ressentis étaient démultipliés. Chaque nuit, je ne dormirais que quelques heures (grâce à des rituels mis en place comme la prière, les tentatives de méditations, vidéos internet de soins à distance, graines de lin chauffées appliquées sur les parties froides du corps, etc...) avec des réveils angoissés (sentiment de panique) et en sueurs, pour devoir remarcher jusqu'au matin. Je vais aussi stresser à devoir manger, car mon corps s'y refuse, pour perdre jusqu'à 14kg en un mois (1.92m pour 92 kg à l'origine), maigreur qui ne contribuera pas à me rassurer. Pas une seule partie de mon corps ne sera épargnée de douleurs ou de dégradations, mes muscles se blessent pour un rien (utilisation d'un tournevis ou une tentative d'étirements). Je vis en permanence avec des spams musculaires et mon corps est d'une sensibilité extrême au toucher. Chez moi, Je dois porter des boules quies pour ne être impacté par le frigo, je ne peux plus regarder un écran. ma vue est si dégradée que d'un coup je dois porter des lunettes de près et de loin, mon visage est tapissé de boutons jusque sur les paupières, j’en ai aussi sur la tête qui saignent facilement. Bref, j'arrête là cette liste, car l'essentiel est compris, je suis en burn-out, selon le constat des "spécialistes" (pour les éventuels intéressés, vous trouverez ici la liste complète de mes symptômes : symptômes d’électrosensibilité).

A partir de là, par instinct de survie, je vais avoir à cœur d'améliorer tout ce que l'on peut améliorer chez l'être humain (j'ai déjà arrêté la cigarette, les excès d'alcool et le café, le jour de ma paralysie), ceci afin d'éliminer toutes les sources de stress pour mon corps et mon esprit (c’est à ce moment que je comprends ce qu’est véritablement une source de stress). Je m’organise un programme : je corrige mon alimentation, je comble d'éventuelles carences, j’apprends à respirer et à pratiquer régulièrement la méditation, le qi gong, le yoga, (ces pratiques "zen" étaient souvent synonymes de souffrance pour moi, à cause de mon système nerveux excité en permanence). Je vois des psychologues (experts en EMDR, classiques, “connectés”, etc...), je me mets à danser (une sacrée étape à franchir pour moi mais nécessaire pour délier mon corps), je fais des étirements, je m’ouvre à des notions telles que l’éveil spirituel, l'instant présent, et à des pratiques de bien-être comme le massage, je découvre la communication non violente, j’effectue des marches quotidiennes en pleine nature (dans la mesure de ce que mon corps me permet), etc...J'ai voulu tenter bien d'autres choses, mais mon corps s’y refusait (natation, reprise de la boxe thaï, cours de batterie électronique, etc...).

Afin de survivre et comprendre, je vais consulter presque au quotidien une grande diversité de spécialistes (je n’étais presque jamais allé chez le médecin avant mes 49 ans). Il s'avère que la plupart des soins qui me font du bien ne sont pas remboursés, et je vois alors passer une grande partie de mes économies dans ces dépenses (kiné, généraliste et rhumatologue pour les "remboursés", sinon : ostéopathes, masseurs, énergéticiens, shiatsu, chaman, naturopathe, médecine chinoise, canalisation, kinésiologue, acupuncture, auriculothérapie, psy, etc...). Pendant toute la durée de mes symptômes, la plupart des spécialistes traditionnels, ont cherché à me placer sous traitement psychotrope, afin d’alléger mes souffrances. Mon intuition, ma rage à ne pas vouloir "perdre la tête" pour comprendre, et d'autres signes plus ésotériques, m'ont permis de résister à cette “solution”.

Août 2020, encore fébrile, je me motive à partir 15 jours en camping dans les Landes, région que j'affectionne pour le bien-être que j'y trouve. Accompagné par quelques amis, mon état s'améliore déjà au bout quelques jours, même si tout le long du séjour, j'aurais quelques situations à subir difficilement compréhensibles (rentrer dans un magasin, aller au restaurant, et d'autres moments divers, car j'avais avec moi toujours mon téléphone et mon ordi dans la tente !). Pendant ce séjour, je vais également subir l'incompréhension (compréhensible) de mes amis par rapport à ma sensibilité exacerbée et mes coups de moins bien. Même s'ils essayeront de masquer au mieux leur diagnostic bienveillant d’état dépressif, cette situation sera très difficile à vivre pour moi. J'en parle ici, car une des difficultés supplémentaires des électrohypersensibles (Ehs), est de ne pas être crus ou respectés par l’entourage, qu’il soit médical, professionnel, amical et plus encore familial.

A la sortie de ce séjour, j'ai le sentiment d'être presque guéri ou en tout cas sur la bonne voie. À la rentrée 2020, je passe la plupart de mon temps en extérieur, car tout simplement c'est là que je me sens le mieux. Je reste toujours très inquiété par l’apparition de douleurs (parfois foudroyantes) dans certains contextes, que je ne peux rationnellement pas encore associer aux pollutions électromagnétiques.

Novembre 2020, deuxième confinement Covid, et j’ai l’intuition que ça n'est pas bon pour moi. Le 23 novembre, c'est la rechute, après quelques semaines enfermé, je retourne en enfer, enfer un petit peu moins douloureux, car cette fois je suis soutenu par une compagne et riche des quelques enseignements tirés du premier effondrement. Pendant presque 6 mois, je vais m'atteler encore à survivre et tenter de comprendre, pour arriver jusqu’à mai 2021, où je pars m'aérer à nouveau, une semaine à Cassis. Comme pour mon séjour dans les Landes, je reviens dans un meilleur état, mais aussitôt installé devant mon pc, moins de 10 mn après, mon état dégringole instantanément avec troubles du système nerveux et autres symptômes. Décontenancé, je me dis que je dois forcément passer à côté de quelque chose, pour retomber aussi vite, après tout ce que j’ai entrepris pour aller mieux. J'avais dernièrement entendu le terme "électrosensibilité" par le biais d'une amie, et je commence alors à rechercher sur le net.
Le 25 mai 2021, je tombe sur un riche témoignage : "l’errance d'un électrosensible", et là, c'est la révélation ! La description des symptômes et des situations me frappent par sa similitude avec les miens, ce jour-là je me dis "handicapé, mais content ! Content de comprendre enfin l'origine de mon mal depuis tant de mois. Ainsi, dans les semaines qui suivent, je ne vais cesser d'écouter différents témoignages et surtout me tester dans mille situations afin de confirmer ce constat. En 3 jours, grâce à la mise en place de solutions urgentes (téléphone éteint, wifi déconnecté, courant coupé la nuit, lit décollé du mur, etc...), j'atténue spectaculairement mes douleurs musculaires et spasmes, certains spécialistes qui me suivent à ce moment-là n'en reviennent pas.

Par réflexe et manque de connaissances encore, je prends la décision de rendre et de quitter définitivement mon appartement. Je décide d’aller prendre l'air quelque temps pour tenter de me régénérer en nature. Ce périple de deux mois ne va pas se faire sans douleurs encore, seul avec ma tente et ma voiture, je vais me rendre en camping chez l'habitant (afin de pouvoir éviter le wifi et la proximité des campings classiques), d'abord à l'Isle sur la Sorgue (vers Avignon), et ensuite vers Montalivet (côte atlantique). Il va falloir affronter les trajets en voiture, qui après plus de trois heures d'affilée, m'infligent des tremblements nerveux que je ne pensais pas possibles dans un corps humain, et qui amèneront aux conséquences de stress déjà précitées ( plus de 24h à chaque fois de récupération nécessaire). De plus, même en camping chez l’habitant, la proximité électromagnétique avec les autres campeurs et certains équipements sera difficile. Ces épreuves, vont en revanche m’apporter plus de compréhension, et aussi une multitude d'astuces pour apprendre à me protéger (couverture de survie sur la tente, utiliser un téléphone ou un pc en pleine nature sans se faire du mal, minimiser les conséquences de la conduite, etc...).

Septembre 2021, à mon retour, je vais alors intégrer l'appartement de ma compagne (je vous laisse imaginer les possibilités de logement offertes à un chômeur hyperélectrosensible sur Annecy) où malheureusement, l'environnement électromagnétique va s'avérer aussi rude que dans mon ancienne habitation. Dès lors, je vais tenter de survivre au mieux en ne cessant d'expérimenter, d'apprendre, de créer, de tester des solutions de protection et de gestion de la douleur. Un épisode en particulier, celui de la découverte d’un chauffage électrique collectif (c’est à dire sans la possibilité d’intervenir), viendra renforcer mes difficultés et ma prise de conscience envers les pollutions électromagnétiques insoupçonnées qui nous entourent. Mon extrême sensibilité aux champs basses fréquences, ne me permet pas d'utiliser encore un ordinateur sans conséquences sur ma santé, et cela m’obligera à aller chercher loin des solutions. Il en sera de même avec le sommeil, car pour tenter de me régénérer la nuit, je chercherai à dormir en l'absence totale de courant électromagnétique traversant (sans pouvoir couper le compteur électrique entièrement). J'ai également dû maitriser les notions complexes de "mise à la terre", compréhension qui me permet aujourd’hui d’expliquer et d’éviter certaines erreurs d’utilisation et d’équipement. La liste de mes recherches et expérimentations pourrait être encore longue, mais je m’arrêterai la pour le moment, car seuls des solutions et conseils adaptés aurons une réelle utilité pour chacun. En complément de mon “apprentissage forcé”, je vais prendre mon courage à deux mains, pour suivre différentes formations ( mes compétences ), histoire de mieux comprendre les bases de l'électricité et les moyens existants déjà en place. Je vais également me rendre jusqu’en Ariège, pour suivre le stage "guérir de l'électrosensibilité" organisé par Marine RICHARD, “ancienne” électrohypersensible. Cette expérience au coeur de la forêt, va me permettre de constater surtout une chose, que depuis la date de mon IRM raté, c'est-à-dire environ un an et demi, je n'ai jamais passé une seule nuit sans cauchemars. En effet, au bout du 3ème jour de stage, et cela jusqu'au dernier, j'ai rêvé de façon merveilleuse, comme cela ne m'était plus arrivé depuis longtemps. J’en ai alors conclu, qu'indépendamment de conditions de confort très moyennes (pluie, froid, boue, tout ça en tente avec une rivière glaciale pour se laver, etc…) et d’une situation globale difficile, mon corps lui, était CONTENT ! Content de cette absence totale de pollutions électromagnétiques, doublée de cette reconnexion avec les éléments naturels.

Avec le recul, j'ai pu analyser une partie des raisons pour lesquelles je suis devenu électrohypersensible et comprendre les différentes étapes de mes rechutes et guérisons. Tout d'abord, le nouvel appartement dans lequel j'avais emménagé en 2019, datait des années 70, et comme la plupart de ces constructions, nombreuses étaient les prises intérieures qui n'étaient pas reliées à la terre. J’étais également équipé d’un chauffage au sol électrique, mon bureau de travail en bois (le bois additionne les valeurs électromagnétiques) sur lequel j'ai passé beaucoup trop d'heures, était aussi inondé d’équipements électriques et connectés (tour d'ordinateur, écran, clavier et souris sans fil, enceintes actives, scanner, imprimante, lampe de bureau, téléphones en charges, etc...). Globalement, mon appartement était une boite à ondes (Bluetooth, Wifi, four micro-ondes, 2 téléphones mobiles, console de jeux, chaîne Hifi, multiprises au sol, éclairages, et tant d’autres…) située au dernier étage en pleine ville, ce qui m’exposait d’autant plus aux antennes relais 2, 3 et 4G. Ayant refait des mesures avec mon ancien PC (sans prise à la terre donc), il s'avère qu'installé devant mon bureau, je prenais au moins 145 volts de tension induite, là où la norme “Baubiologie Allemande” (la plus proche de l’impact sur le vivant selon moi), déconseille de dépasser 0,1 volt. Le tout fut couronné par le passage d’un champ électromagnétique traversant le mur de ma chambre, tout prêt de ma tête, configuration que l’on retrouve à de multiples endroits, dans la plupart des habitations. Ce hasard malheureux, est venu m'électriser le haut du corps pendant des mois, et est en grande partie responsable de ma paralysie faciale, ainsi que de cette impossibilité à me régénérer chaque nuit.
Facile après coup, d'imaginer les conséquences de cette immersion électromagnétique, le tout dans une période prolongée de confinement. Aujourd'hui, je me revois encore, me plaindre en amont de ce “burn-out électromagnétique”, d'une certaine fatigue et de petits symptômes récurrents, mais comment aurais-je pu en imaginer la cause ?! Il est évident que mon corps, n'ayant pas trouvé de réponses aux signaux, a fini par s’effondrer.

A ce jour (mars 2022), même si je ne suis pas guéri, je reviens de très loin, et j'avance avec des hauts et des bas en fonction de ma discipline et de mes compréhensions. Cette histoire n’est pas la seule, d'autres ne s'en sortent pas, et dans la majorité des cas, les situations sont précaires et douloureuses (impossibilité de travailler, absence de prise en charge médicale, isolement social, professionnel et familial, internement psychiatrique, etc...). Chaque jour de nouveaux cas d’électrohypersensibilité sont recensés en France (sans compter ceux qui s'ignorent), mais non officialisés. A contrario, cet handicap est déjà reconnu en Suède, et les normes de tolérance électromagnétique sont beaucoup plus basses dans de nombreux pays. En raison d’intérêts politiques et financiers, on tente de faire passer l’électrosensibilité pour une “particularité”, alors qu’elle est un handicap qui menace l’ensemble de la population, provoqué par une pollution environnementale minimisée. En attendant un éventuel réveil de nos gouvernants, il est urgent de pouvoir prendre conscience de cette réalité envahissante, afin que les gens puissent s’en prémunir, ou tout au moins, que les personnes déjà atteintes, puissent être reconnues et se réparer !

De mon côté, l'histoire continue (en camping-car) et ne cesse de m'enrichir, et même si ça n'est pas facile tous les jours, je me réjouis de cette reconversion naturelle, que je consacre à être utile aux autres.

SD.